Un jeu machiavélique

Dans un film d’Ettore Scola, "La Famille", l’oncle du petit Paolino se plaît, chaque dimanche après le repas dominical, à jouer avec lui à cache-cache. Le jeu est très simple : Paolino se cache derrière un meuble, un rideau, et l’oncle le cherche partout. Lorsqu’il le trouve enfin, s’ensuit une partie de chatouilles que l’enfant apprécie tout particulièrement.

Ce dimanche-là, l’oncle a décidé de corser l’affaire qui devient trop ronronnante. Le jeu commence. Paolino est sous le fauteuil bien invisible. L’oncle fait mine de le chercher partout dans la pièce. « Mais où est Paolino, où se cache-t-il ce coquin ? » L’enfant pouffe de rire. Il pense qu’on ne le trouvera pas. Il n’a pas tort, car son oncle a décidé une drôle de chose : ne pas retrouver Paolino. Il soulève le vase : « Tiens Paolino n’est pas là. » Il cherche derrière les tentures, sous la table, les chaises, il demande même à ses sœurs et aux parents du petit s’il ont vu le bambin. Les adultes répondent : « Non, Paolino n’est pas là. »

Le temps se fait long, le jeu dure plus qu’à l’accoutumée, et le petit s’impatiente. Alors il sort de sa cachette et va tirer le pantalon du tonton « Je suis là ! », mais l’oncle s’inquiète : « Où est donc passé Paolino ? », « Je suis là ! » L’oncle fait mine de ne pas le voir. Paolino s’escrime à sautiller devant lui : « C’est moi, Tonton ! » Mais le vilain oncle a décidé de poursuivre ce jeu machiavélique. « Paolino n’est pas là ! »

Pas vu, pas reconnu

Et c’est là que le drame survient. L’enfant doute et semble dire : « Si mon oncle ne me voit pas, c’est que… je n’existe pas. » Quelques secondes après, Paolino est méconnaissable. Hagard, ses yeux sont grand ouverts, il cherche de l’aide auprès des adultes en les suppliant « Dites-lui que je suis là », mais chacun est occupé à parler ou à lire le journal. Pas de réponse. La crise survient alors. Paolino, décomposé, se roule à terre, en larmes.

A ce moment-là seulement, son père pose son journal, sa mère accourt du fond de l’appartement. On prend l’enfant dans les bras, on le console en l’enveloppant, et la maman le couvre de baisers. Ouf ! Il est libéré. Il était temps.

Cette scène qui ne dure que quelques minutes résume la fragilité d’un enfant. Lorsqu’un enfant n’est pas vu, pas reconnu, il peut sombrer dans le doute et la folie.  

par Harry Ifergan, psychologue et psychanalyste

  • Publié: 20/02/2014 22:26
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