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Les miracles des sorciers de la transgénèse végétale

« Entre accroître les rendements et sécuriser les récoltes de cultures exposées à la sécheresse ou au froid, il fallait choisir », soulignait François Tardieu, directeur du laboratoire d'écophysiologie des plantes sous stress environnementaux à l'INRA, lors des récents entretiens d'Agropolis. En d'autres termes, pour résister à ce genre de stress, les plantes appliquent souvent les mêmes recettes : certaines réduisent la taille de leurs feuilles pour limiter la transpiration, d'autres l'ouverture de leurs stomates pour mieux conserver l'eau présente dans leur tissu. Et tout cela se fait au détriment de la production de la matière végétale et donc des rendements.

« Ces mécanismes sont tellement essentiels que les agronomes, même en faisant appel à la génétique, ont bien du mal à s'en affranchir », précise le chercheur, se référant à des essais menés dans son laboratoire. Toute intervention dans ce domaine a un coût dans la production de biomasse. La manipulation du génome des plantes pour favoriser de telles adaptations est d'autant plus délicate à réussir que les fonctions métaboliques essentielles des végétaux ne sont probablement pas pilotées par un seul gène mais par plusieurs en interaction, selon un mode de fonctionnement qui reste à découvrir.

La transgénèse réussira-t-elle tout de même à s'affranchir de ces lois physico-biologiques apparemment insurmontables ? C'est l'espoir caressé par certains scientifiques après l'exposé, effectué, fin mars, à la Conférence internationale sur la biotechnologie du riz, par Maurice Ku de l'Université américaine de l'Etat de Washington.

Un Rêve Pour Les Pays En Développement

En « greffant » au génome du riz un gène impliqué dans le processus de la photosynthèse du maïs, le chercheur a amélioré la capacité de ce riz à fixer le gaz carbonique. Résultat : un gain de productivité de 12 %. Mieux : en effectuant la même opération avec un autre gène caractéristique de la photosynthèse du maïs, le rendement du riz a cette fois grimpé de 35 % ! Un rêve pour les pays en développement dont les besoins alimentaires s'accroissent. Mais qui laisse dubitative une bonne partie de la communauté scientifique.

Maurice Ku ne s'est pourtant pas arrêté en si bon chemin. Il vient de « greffer » au riz un troisième gène de maïs dont on attend les résultats. La combinaison de ces trois transgènes pourrait-elle encore accroître ces performances ? A en croire l'annonce faite le 14 janvier par une équipe germano-suisse dans l'hebdomadaire américain Science, il devrait être désormais possible de le vérifier. En effet, ces scientifiques européens ont réussi à insérer trois transgènes (deux de jonquille et un d'une bactérie) dans le génome du riz. Ce dernier a alors produit en grande quantité du béta-carotène, un précurseur de la vitamine A qui fait gravement défaut dans l'alimentation de quelque 250 millions de personnes dans le monde. Cette carence entraîne la cécité de 500 000 enfants chaque année.

Dès sa production, en 2003, Zeneca, qui a acquis les droits de ce « riz doré » (sa couleur est jaune), s'est engagé à aider sa diffusion dans les pays en développement. L'ère du multigénisme, caractère des OGM de nouvelle génération, serait-elle en train de poindre ?

V. T.
Le Monde daté du jeudi 3 août 2000

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