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Le gouvernement britannique met en place un dépistage systématique du sida chez les femmes enceintes

Dépistage systématique du sida chez les femmes enceintes

Tessa Jowell, ministre britannique de la santé, a annoncé, vendredi 13 août, la généralisation du dépistage de l'infection par le virus du VIH à l'ensemble des femmes enceintes. A la différence d'autres pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne n'était pas jusqu'à présent parvenue à mettre en place une organisation permettant de dépister cette infection chez la quasi-totalité des femmes attendant un enfant. Selon les statistiques épidémiologiques britanniques, on recense chaque année dans ce pays la naissance de plus de 50 enfants infectés par le VIH après une contamination materno-foetale. Les dernières données disponibles, celles de 1997, font état de 265 femmes enceintes séropositives et ne connaissant pas leur état sérologique durant leur grossesse, ayant donné naissance à 62 enfants infectés et malades.

Les statistiques du Centre européen pour la surveillance épidémiologique du sida, que dirige à l'hôpital de Saint-Maurice (Val-de-Marne) le docteur Jean-Baptiste Brunet, font état d'un nombre total, en Grande-Bretagne, de 306 cas de sida pédiatrique dû à une contamination materno-foetale sur un total, pour le continent européen, de 3 140. Ce nombre est respectivement de 791 pour l'Espagne, de 627 pour l'Italie, de 612 pour la France et de 265 pour la Roumanie. Pour les autorités britanniques, cette situation est devenue, médicalement et éthiquement, d'autant moins acceptable que la connaissance de l'état sérologique de la femme enceinte permet, grâce à de nouveaux protocoles thérapeutiques, de réduire considérablement le risque de contamination pour l'enfant.

Une technique de routine

Cette réduction inclut l'usage de différents médicaments antirétroviraux administrés durant la grossesse, lors de l'accouchement et chez le nouveau-né, ainsi que la pratique de la césarienne et l'abandon de l'allaitement maternel. Mme Jowell a annoncé que l'objectif du gouvernement britannique était de parvenir, en 2002, à réduire de 80 % le nombre des nouveau-nés infectés par le VIH en Grande-Bretagne. Pour atteindre ce chiffre, le dépistage de l'infection par le VIH deviendra une technique de routine, mise en oeuvre dès le début de la grossesse au même titre que le dépistage de l'infection rubéolique ou syphilitique. Les femmes qui refuseraient un tel dépistage devront clairement signifier qu'elles choisissent de ne pas bénéficier d'une procédure médicale qui sera devenue la norme.

En France, s'il est globalement élevé, le nombre des cas de sida résultant d'une transmission materno-foetale a diminué de manière spectaculaire. Il est passé de 222 (avant l'année 1990) à 27 en 1996, 9 en 1997 et zéro pour le premier semestre de 1998. Ce phénomène tient à l'efficacité des nouvelles thérapies médicamenteuses mais aussi à la proportion très élevée (plus de 95 %) des femmes enceintes dépistées.

Une loi datant de 1993 dispose en effet que les médecins doivent proposer de manière systématique ce dépistage lors du premier examen prénatal. Cette mesure, largement appliquée, s'accompagne toutefois d'une relative banalisation qui conduit un certain nombre de médecins à ne plus respecter aujourd'hui les termes de la loi et à pratiquer ce dépistage à l'insu des femmes enceintes. Tel est le constat établi par des chercheurs du Centre européen pour la surveillance épidémiologique du sida, qui concluent que, dans la région parisienne, 11 % des médecins du secteur public et 29 % des praticiens du secteur privé « effectuent un dépistage de routine de l'infection par le VIH sans accord des femmes, ce qui n'est pas conforme à la loi ». Les épidémiologistes français notent aussi que l'infection par le VIH est notablement plus élevée chez les femmes enceintes d'origine subsaharienne. Ils estiment ainsi que , « dans de telles populations, particulièrement vulnérables, des efforts d'information et de prévention devraient être faits et s'imposer lors des consultations pour suivi ou interruption de grossesse ».

Jean-Yves Nau
Le Monde

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