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Le baclofène — du traitement conventionnel de la spasticité au traitement de l’alcoolisme

Le baclofène — du traitement conventionnel de la spasticité au traitement de l’alcoolisme

L’acide gamma-aminobutyrique (GABA) similaire au baclofène (Lioresal) qui a fait ses preuves au cours des cinquante dernières années dans le soulagement des syndromes douloureux et invalidants, est une option intéressante pour les 12 millions de personnes souffrant de spasticité dans le monde. Avant sa commercialisation au Royaume-Uni à partir de 1966, les patients cherchant à soulager leurs spasmes musculaires étaient confrontés à une faiblesse croissante des membres inférieurs, à un dysfonctionnement de la fonction vésicale dû aux injections intrathécales de phénol ou encore à une somnolence inacceptable liée aux doses nécessaires de chlordiazépoxide et de diazépam.

Pendant de nombreuses années, le baclofène a été le traitement standard de la spasticité dans les cas de sclérose en plaques (SEP), chez les patients ayant eu une attaque cérébrale ou un traumatisme crânien mais également dans le cas de traumatismes médullaires ayant entraîné des spasmes musculaires désagréables et invalidants, explique Omar Malik, neurologue au Charing Cross Hospital à Londres.

Charing Cross Hospital à Londres

Toutefois, le baclofène aussi peut entraîner une faiblesse musculaire. Au cours de la dernière décennie, la gabapentine a progressivement pris l’avantage, en particulier chez les patients souffrant de sclérose en plaques, se déplaçant à l’aide de canne ou de béquilles et ayant besoin d’un tonus maximal dans les jambes, ajoute-t-il.

Malgré le déclin de la demande en baclofène dans le cadre d’une utilisation traditionnelle, ce médicament connaît un renouveau en raison des preuves tendant à démontrer son efficacité dans le traitement de l’alcoolisme.

Le baclofène montre sa supériorité

Des études par observation ont démontré que le baclofène est utile dans le contrôle de la spasticité, en particulier dans les cas de traumatismes médullaires. Les résultats d’un essai croisé en double aveugle contrôlé contre placebo chez des patients souffrant de SEP ont confirmé que le baclofène est significativement plus efficace pour améliorer la spasticité comparé aux résultats du groupe placebo.

Des études ultérieures ont démontré que le baclofène est aussi efficace que le diazépam dans le traitement de la spasticité chez les patients souffrant de sclérose en plaques, avec des effets sédatifs moins prononcés. Un suivi sur quatre ans n’a démontré aucune indication de tolérance au baclofène. Une étude menée sur des patients souffrant de SEP ainsi que de spasticité a démontré que le baclofène est aussi efficace que le clonazépam, bien que le clonazépam semble être plus efficace chez les patients présentant une légère hypertonie principalement d’origine cérébrale, tandis que ceux présentant une spasticité sévère principalement d’origine rachidienne réagissent mieux au baclofène.

Le clonazépam peut être intéressant lorsque l’on recherche également une action sédative, en particulier chez les patients présentant des spasmes musculaires nocturnes. Le diazépam n’est utilisé que dans les cas de spasticité aigus en raison du risque d’addiction lors d’une utilisation à long-terme, déclare le Dr Malik.

Chez les patients présentant une spasticité suffisamment sévère constituant un problème lors des soins infirmiers et d’hygiène, le baclofène intrathécal s’est avéré être une alternative intéressante aux traitements par voie orale.

Le baclofène intrathécal n’est proposé que dans quelques centres aux patients présentant une importante spasticité. Le baclofène est libéré de façon continue dans l’espace autour de la moelle épinière par l’intermédiaire d’une pompe insérée sous la peau de l’abdomen. Les doses étant moins importantes que dans les traitements par voie orale, les patients présentent une faiblesse musculaire moins marquée, ajoute le Dr Malik.

Baclofène et addiction

Récemment, un intérêt considérable a été porté à l’utilisation du baclofène dans le traitement de la dépendance à l’alcool. Des études de cas ainsi que des études préliminaires publiées en 2002 ont suggéré que de faibles doses de baclofène (30 mg par jour) permettent de modérer la consommation et le désir d’alcool tout en prévenant les rechutes.

Dans une étude italienne réalisée entre 2003 et 2006, 84 patients dépendants à l’alcool et souffrant de cirrhose ont été répartis aléatoirement pour recevoir du baclofène par voie orale ou du placebo sur une période de 12 semaines. Dans le groupe recevant du baclofène, 71 pour cent ont cessé de prendre de l’alcool, comparé à 29 pour cent dans le groupe placebo. La durée cumulée d’abstinence s’est avérée deux fois plus élevée dans le groupe prenant du baclofène que dans le groupe placebo.

Dans une étude française récente menée sur 100 patients dépendants à l’alcool et résistants aux traitements habituels, 92 pour cent des patients ayant pris du baclofène sur des périodes pouvant aller jusqu’à deux ans ont rapporté une disparition de l’envie de prendre de l’alcool pour des doses de baclofène comprises entre 20 et 330 mg (moyenne de 146 mg). La plupart des patients ont réduit leur dose après avoir atteint leur dose maximale.

Les recommandations françaises de prescription pour la prise de baclofène dans le traitement de l’alcoolisme ont été réalisées par des médecins ayant une expérience approfondie de cette approche novatrice. Ils recommandent des doses de 0,5 mg/kg/jour à 4 mg/kg/jour, avec une augmentation de la dose jusqu’à la dose maximale suivie généralement d’une diminution permettant d’atteindre une posologie d’entretien. Les recommandations soulignent la forte variation de la posologie, l’importance des effets secondaires ainsi que la nécessité de poursuivre le traitement chez les patients ayant des problèmes d’alcoolisme.

Malgré le fait qu’une récente étude Cochrane ait estimé que les preuves actuelles ne soient pas suffisantes pour recommander la prescription de baclofène dans le sevrage de l’alcool, les ventes de ce médicament ont toutefois fortement augmenté depuis la publication des premiers rapports révélant son potentiel dans le traitement de l’alcoolisme. De plus, la littérature traitant de l’utilisation du baclofène dans le traitement de la dépendance à la cocaïne ne cesse de s’enrichir.

Un rôle continu

Que le baclofène se découvre ou non un rôle nouveau dans le traitement des toxicomanies, le Dr Malik lui prédit un rôle continu dans le traitement de la spasticité. Le baclofène jouera très certainement un rôle dans le traitement de la spasticité malgré le fait que dans le nombreux centres il ait été progressivement remplacé par la gabapentine pour le traitement des patients souffrant de SEP. Les nouveaux cannabinoïdes sont prometteurs mais restent néanmoins bien plus coûteux que le baclofène. Il existe une demande pour des agents qui permettraient de traiter la spasticité de façon plus efficace mais malheureusement, ceci ne constitue pas une priorité en matière d’investissement. Cela changera peut-être avec l’augmentation du nombre de personnes affectées par la spasticité.

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