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Constat

On a tous un rêve d'enfant... Un idéal. Une volonté, propre à chacun d'entre nous, plus ou moins déterminée. Un Graal doré de ce que doit être notre destinée. Dans le sport, les arts, le travail, l'ambition s'installe... Telle un guide, ouvrant la voie de ce que doit être notre quotidien pour le rendre riche et satisfaisant. La décision se prend, s'enracine pour la vie... Certains réalisent leur rêve avec le temps. D'autres n'y arrivent jamais. Mais ils gardent alors en eux une flamme magique, une lueur dans le regard où l'espoir déchût s'accompagne d'envie et d'intérêt pour leur passion, leur rêve qui restera à tout jamais comme un coin de ciel bleu dans leur tête... Moi, on m'a volé le mien.

Tout part d'une simple idée, une impression légère qui résiste un peu plus que les autres et fait son nid lentement. Un flash, une idée de grandeur, un but enfin... Qu'y a t il de plus noble que de se vouer à la recherche médicale ? De ne vouloir d'autre que le savoir, le savoir dans le but d'aider son prochain... Une idéalisation. Le penchant devient assurance et obligation, il ne peut y avoir d'autres choses à faire. Le choix est fait. La recherche, le don de soi, la passion sans compter et le travail sans vergogne composeront ma vie, seront mon avenir, ma quête... mon rêve d'enfant devenu grand.

Les études ne sont pas les plus difficiles mais ne sont pas non plus les plus simples. Elles sont longues. Il faut du temps et de la persévérance pour passer les obstacles universitaires. Du talent ? Je ne crois pas. Et le nombre d'étudiants parvenant en DEA ou DESS en biologie abondent en ce sens. Il y a beaucoup d'étudiant en biologie. Trop.

Un DEA, puis une thèse pour les plus longtemps aveugles, où ceux qui ont voulut y croire jusqu'au bout... Mais surtout pour ceux qui sont prêt à se fondre dans la masse. Car la réalité du quotidien et surtout la rencontre avec le milieu de la recherche publique est brutale pour la majorité des étudiants, plus lente pour d'autres... Mais pour tous, elle est effroyable. Où sont donc passer les grands hommes, le don de soi et l'abnégation ? Disparu ? Ont-ils seulement existé ? !

Le travail de recherche s'organise, aujourd'hui, autour de la sacro-sainte publication ! Un chercheur ne cherche pas une découverte (miraculeuse ou non), mais il cherche à publier. La plupart des chercheurs ont alors la facilité de lire les articles des autres et d'en copier la substance. Le but du jeu étant de refaire la même chose... mais pas tout à fait. En effet réaliser un complément d'article, sur un autre modèle animal, ou refaire la même chose dans le désordre et en couleur... assure à son auteur que les résultats obtenus intéressent un journal et seront faciles à réaliser (puisqu'un autre les a déjà mis au point).

Le brassage de vent et la réalisation d'articles avec rien ou peu sont devenus tout un art dans lequel les chercheurs excellent. Les chercheurs consciencieux (il y en a) sont eux-mêmes obligés de participer à ces olympiades, tant un chercheur n'est évalué que par le nombre de ses articles et pas par la qualité de ses travaux... Je n'ai à aucun moment parler de découverte. Un chercheur est fait pour écrire des articles, pas pour faire de la recherche. Cela est trop risqué, car on n'est plus sur de pouvoir publier ses travaux... Quant à découvrir quelque chose, les risques à prendre sont tellement énorme... (et il faut trouver des idées par soi même et pas dans les articles des autres...) L'investissement en argent et en temps est trop important pour que la plupart des laboratoires publics accordent beaucoup de temps à ce jeu.

La recherche biologique publique est ainsi organisée, surtout en France, qu'il n'y a pas de réel contrôle du travail réalisé. Les chercheurs sont censés travailler dans leur coin, sans surveillance, autre qu'entre eux-même. Le chercheur qui ne veut rien faire, a alors tout à loisir de le faire. Les publications obligatoires ne sont pas respectées. Heureusement ou malheureusement les 10-20 % qui bossent vraiment le font à fond et sont de vrais passionnés. Ils assurent à eux seuls les performances françaises qui sont en chute libre ces dernières années...

Il est surprenant de savoir qu'il n'y a pas de service du personnel pour s'assurer que chaque chercheur fait bien son travail. Il serait pourtant très intéressant de regarder chaque chercheur, chaque directeur de recherche et de recenser ce qu'il fait réellement, faire respecter les horaires de travail, les publications bisannuelles obligatoires, etc.

Les étudiants, eux, se rendent compte de ce quotidien là. Des étudiants qui sont utilisés systématiquement dans les laboratoires, comme de la main d'œuvre motivée et rentable. Ils se retrouvent exploités plus que formés par des chercheurs souvent peu capables. Les chercheurs n'ont aucune formation pédagogique et oublient facilement que les étudiants en thèse ne sont pas des larbins-esclaves, à leurs ordres, pour réaliser uniquement le travail de paillasse 60-80 heures par semaine. Le travail de recherche devrait être conduit en collaboration avec le chercheur et l'étudiant à la paillasse, à la réalisation des articles et dans les congrès. Bon nombre de chercheurs, ont sélectionné ce qui les intéressent laissant les basses besognes aux techniciens et aux étudiants. Des étudiants très représentés dans les laboratoires. En effet, ils sont souvent la force vive du laboratoire. Ils travaillent sans compter leurs heures et sont motivés par l'obtention de leur doctorat. Ce sont eux qui font avancer les manipulations d'un laboratoire. Ils sont bien plus nombreux que les très rares qui intègrent le système... Ils sont d'autant plus nombreux qu'ils y en à peu qui intègrent les laboratoires : c'est le serpent qui se mord la queue : ils se prennent même la place.

L'INSERM et le CNRS préfèrent prendre plus d'étudiants que de créer des postes. En effet les étudiants sont une main-d'œuvre motivée, fluctuante et disciplinée que l'on peu utiliser à sa guise.

Ajoutant à la désillusion du métier (qui ne devrait pas en être un, mais une passion) ; les luttes de pouvoir de ces petits messieurs. Les collaborations entre laboratoires sont rares et souvent heurtés, tant chacun défend ses ridicules résultats. Les mises en communs sont inexistantes : il faut toujours penser aux publications !!! C'est ainsi que protectionnismes, guéguerres, bassesses en tout genre sont le lot quotidien de la recherche. Rien n'est fait gratuitement, ou dans l'intérêt de la science, mais en contre partie ou pour son propre profit. Les grands hommes sont loin... Le pouvoir ayant remplacé les idées dans les têtes des chercheurs.

Bien sur tout le monde n'est pas dans le même panier de crabes, mais ces gens sont loin d'être des anecdotes !!! Encore bien des larmes à verser dans le sceaux des illusions perdues de la grandeur de la recherche...

Peu à peu, les étudiants sont donc dégoûtés par le système. Et une fois que le citron a bien été pressé, le plus longtemps possible (il est plus que rare de voir des étudiants finir leur thèse dans les délais prévus ! Et il est faux de croire que cela est du à un manque de résultats ou une volonté propre de l'étudiant de vouloir améliorer sa thèse... Le plus souvent, les laboratoires font de la rétention de résultats ou d'étudiants. Un étudiant en fin de thèse est quelqu'un de tout à fait rentable pour un laboratoire. Il oubli donc souvent les intérêts de l'étudiant aux profits des siens, tachant de garder cette maind'œuvre plus longtemps que 3 ans (très souvent 4 voir 5 ans).

Une fois leur thèse terminée, leur espoir et leur foi déchut, et n'ayant bien souvent pas la possibilité d'intégrer les laboratoires (les places étant remplies par des étudiants), les jeunes docteurs perdurent en post-doc. Belles inventions du monde de la recherche tendant à exploiter des étudiants qui n'en sont plus. Un post-doc est en fait un emploi à durer déterminée peu payé (par rapport à la qualification demandée). Il n'est pas rare de trouver des docteurs en 2, 3 voir 5ème année de postdoc. Peu d'entre eux intégreront les laboratoires... Mais bon nombre feront avancer la recherche.

Bien sur, il faut alimenter le miroir aux alouettes. De temps en temps quelques-uns, souvent les moins scrupuleux (et en tous cas s'intégrant très rapidement dans le moule), viennent grossir les rangs de la recherche en France (qui diminuent d'année en année : les départ en retraite étant peu compensés par les créations de postes)... Cela le plus souvent, non pas au mérite, mais au piston... Comme partout, la recherche et les grands idéaux n'ont vraiment rien de grandiose.

70% des docteurs en biologie, post-doc ou pas, changent d'orientation (beaucoup allant vers le commercial, en rapport avec la biologie)... pour pouvoir simplement gagner leur vie. Il n'y a plus de place pour ces étudiants... une fois qu'ils ne sont plus des étudiants... !!!

Ne sait-on jamais, si on leur laissait la place en trop grand nombre, ils seraient capables de vouloir changer le système et rendre la recherche un peu plus performante... Mais bousculer tous les dinosaures de la recherche française : quelle utopie !!

Cela, tout le monde le sait dans le monde de la recherche (mais comme pour le dopage dans le cyclisme), il y a trop de gens qui en croque, pour que cela se répande...

Pendant ce temps là, il n'y a pas que des petits garçons qui continuent de rêver ...

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