Le tabagisme passif : Une menace pour la santé
7 January 2012
Plus personne ou presque ne conteste aujourd’hui que fumer est néfaste pour la santé. Si les fumeuses et les fumeurs sont encore si nombreux, cela tient principalement au fait qu’ils sont dépendants - physiquement et psychiquement - de la cigarette.
Le tabagisme est connu depuis longtemps comme la cause largement répandue de nombreuses maladies, en particulier du cancer, et le responsable de nombreux décès.
Près de 90 % des personnes souffrant d’un cancer du poumon ont fumé pendant de nombreuses années. Le tabagisme provoque des maladies chroniques des organes respiratoires : 85 % des gens souffrant de bronchite chronique ou d’un emphysème pulmonaire (gonflement anormal des alvéoles pulmonaires) ont été des fumeurs. Le tabagisme est en outre l’un des plus importants facteurs de risque de maladies du système cardiovasculaire : 70 % de fumeurs souffrent de pareilles affections ou meurent d’un infarctus.
Depuis quelques années, les indications et les preuves scientifiques s’accumulent pour démontrer que la fumée fait également courir des risques aux personnes qui ne fument pas. Lorsque celles-ci sont exposées contre leur gré à la fumée d’un ou plusieurs fumeurs se trouvant dans leur entourage, on parle alors de « tabagisme passif ». La fumée du tabac est une forme commune de pollution de l’air dans les endroits fermés. Des millions d’adultes mais aussi des enfants en souffrent quotidiennement à la maison.
La fumée contient des substances qui favorisent l’apparition de tumeurs malignes. Ces substances ne sont pas détectables seulement chez les fumeurs mais également dans l’organisme des fumeurs passifs. En outre, plus l’exposition à la fumée est prolongée, plus la concentration de ces substances augmente dans certains organes, le sang et les urines.
Une recherche difficile
L’étude des effets du tabagisme passif sur l’apparition du cancer est difficile. En effet, les substances toxiques produites par la combustion du tabac doivent agir pendant longtemps avant qu’une tumeur cancéreuse ne soit décelable. Les recherches scientifiques ont toutefois montré que le risque existe.
En plus du rôle de la fumée dans l’apparition des tumeurs, la recherche s’est également appliquée à savoir si les fumeurs passifs présentent plus fréquemment des maladies des voies respiratoires ou des symptômes de difficultés respiratoires. Grâce à une vaste enquête menée en Suisse sur la fréquence de l’asthme et de la bronchite chronique et sur l’influence de la pollution de l’air, des réponses claires à ces questions ont été trouvées.
Les effets du tabagisme passif ont été étudiés en premier lieu sur les enfants. Diverses conséquences négatives ont été prouvées, notamment une sensibilité plus élevée aux infections des voies respiratoires, aux inflammations des conduits auditifs et à l’ asthme, ainsi qu’un ralentissement du développement de la capacité pulmonaire. Les enfants régulièrement exposés à la fumée sont hospitalisés plus souvent que les autres et manquent plus fréquemment l’école en raison de difficultés respiratoires.
Alors que de nombreuses études scientifiques ont démontré les effets nocifs de la fumée passive sur le système respiratoire des enfants, la littérature médicale - outre les études sur la bronchite chronique, l’emphysème pulmonaire et le cancer du poumon ne fournit que peu de documents traitant des effets sur les adultes. Ces études, de plus, ne reposent souvent que sur des échantillons restreints et leurs résultats ne sont pas toujours concordants.
Effets sur les nourrissons et les petits enfants
Il existe de nombreuses études traitant des effets de la fumée passive sur les nouveaunés et les enfants jusqu’à 5 ans. On a constaté que les enfants de mères qui fument ont souvent un poids à la naissance inférieur à la moyenne, c’est-à-dire à 2 500 grammes, et que l’écart est d’autant plus prononcé que la mère fume davantage. Par ailleurs, la mortalité des enfants pendant les derniers jours de la grossesse et les jours suivant la naissance est plus élevée chez les mères qui fument que chez celles qui ne fument pas. Il est également établi que les nourrissons de poids inférieur à la moyenne sont plus souvent malades au cours de leur première année de vie. Après leur naissance, il existe pour les nouveau-nés un risque de « mort subite » dont les causes ne sont pas encore clairement établies. On suppose que ce sont des pauses prolongées entre les respirations qui conduisent à ces fins tragiques. Pour des raisons inconnues, la probabilité de mort subite d’un nourrisson est étroitement liée à la consommation de tabac par sa mère. Enfin, les enfants de parents qui fument souffrent beaucoup plus souvent de bronchites aiguës que les enfants de parents non-fumeurs. Une fois de plus, les risques pour la santé sont d’ autant plus grands que les parents et particulièrement la mère - sont des fumeurs.
Effets sur les enfants et les adolescents
Chez les enfants et les jeunes de 5 à 16 ans qui respirent régulièrement de la fumée, on peut observer diverses formes d’irritations des voies respiratoires : toux, expectorations, déficit respiratoire avec sifflements. Ces jeunes souffrent également plus souvent d’ inflammations répétitives de l’appareil auditif et d’angines. De plus, on a pu mettre en évidence une capacité pulmonaire légèrement plus faible mais néanmoins statistiquement significative.
Tant l’Organisation Mondiale de la Santé que les autorités sanitaires des États-Unis et de Grande-Bretagne ont constaté que le nombre et la gravité des cas d’asthme chez les enfants dépendent de la plus ou moins forte consommation de tabac dans leur entourage. Le tabagisme passif des enfants et des adolescents renforce le risque d’asthme.
Effets sur les adultes
Les effets du tabagisme passif sur les adultes sont plus difficiles à établir que sur les enfants. Il n’en reste pas moins que, sur la base d’études scientifiques, on peut établir un lien entre tabagisme passif et diverses affections respiratoires, par exemple la bronchite.
Les premières études sur l’apparition du cancer du poumon chez des adultes exposés régulièrement à la fumée ont été publiées au début des années 80. En 1986, les autorités sanitaires des États-Unis et de GrandeBretagne ainsi que l’OMS ont déclaré que la fumée passive augmente de manière significative la probabilité d’apparition d’un cancer des poumons. Ce constat repose sur des résultats de laboratoire concordants ainsi que sur l’observation de larges groupes de population. Les fumeurs passifs courent un risque plus élevé que les non-fumeurs d’être atteints d’un cancer du poumon.
Les risques : données suisses
Les études SAPALDIA (Swiss Study on Air Pollution and Lung Diseases in Adults) et SCARPOL (Swiss Study on Childhood Allergy and Respiratory Symptoms with Respect to Air Pollution) faisaient partie intégrante du Programme national de recherche « Homme, Santé, Environnement » du Fonds national de la recherche scientifique. Dans l’étude SCARPOL, les résultats décrits précédemment à propos des effets de la fumée passive sur la santé des enfants correspondent à la situation prévalant en Suisse. Pour établir les liens entre pollution de l’air et affections respiratoires chez des adultes entre 18 et 60 ans, dans l’étude SAPALDIA9 651 personnes ont été interrogées en 1991 et soumises à un examen de leurs fonctions respiratoires. Les localités choisies devaient être représentatives des différents degrés de pollution de l’air, d’altitude et de conditions météorologiques des diverses régions du pays.
Les données relatives à l’état des voies respiratoires des participants à l’enquête ont été établies à l’aide de 290 questions. Le questionnaire contenait également des questions sur la fumée et le séjour dans des pièces enfumées. Lors de l’analyse des résultats, les données ayant trait aux fumeurs et anciens fumeurs ont été séparées de celles fournies par les non-fumeurs. Les non-fumeurs ont également été interrogés pour savoir s’ils avaient à subir une fumée passive.
Près de 4 000 Suisses non-fumeurs et nonfumeuses ont été interrogés à propos de la fumée passive et des difficultés respiratoires Sur 4 197 non-fumeurs, 30 % ont déclaré appartenir au groupe des fumeurs passifs. Ces personnes ont par ailleurs fourni des informations supplémentaires sur le nombre moyen d’heures d’exposition à la fumée et le nombre d’années d’exposition à la fumée. L’examen des questionnaires a montré que la fumée passive est liée à une série de difficultés et d’affections respiratoires.
Statistiquement, les corrélations se sont révélées significatives et indépendantes de facteurs tels que l’âge, le sexe, le domicile ou les réactions allergiques.
Les fumeurs passifs souffrent plus souvent de troubles respiratoires - Les nonfumeurs qui peuvent vivre dans une atmosphère sans fumée respirent plus librement et ont moins de problèmes respiratoires que les non-fumeurs confinés dans un endroit enfumé. Seuls 4 % des non-fumeurs pouvant respirer un air pur ont une respiration sifflante, 7 % souffrent de toux chronique et 5 % de symptômes de bronchite chronique (toux ou expectorations). Les non-fumeurs qui doivent souvent respirer un air enfumé présentent ces symptômes plus fréquemment : respiration sifflante : 7 % ; toux chronique : 11 % bronchite chronique : 7 % (schéma cidessous)
Risques plus élevés pour les fumeurs passifs - Les difficultés respiratoires (toux, bronchite, bronchite chronique, asthme, déficit respiratoire lors d’efforts) sont d’autant plus fréquentes chez les non-fumeurs que ceux-ci sont souvent contraints de respirer un air enfumé. L’étude SAPALDIA a cherché à déterminer la durée quotidienne d’exposition à la fumée, le nombre d’années d’exposition ainsi que le nombre des fumeurs dans l’entourage. Les données ainsi recueillies permettent de quantifier les risques pour différentes durées d’exposition.
Tabagisme passif quotidien et asthme Pour les non-fumeurs comment croît la probabilité d’asthme médicalement reconnu en fonction de la durée d’exposition à un air enfumé. Cette probabilité est presque deux fois plus élevée si la durée d’exposition quotidienne dépasse trois heures.
Fumée passive et toux chronique - Pour les fumeurs passifs, le risque de toux chronique augmente au fil des ans. Il est deux fois et demi plus important quand le tabagisme passif dure plus de 20 ans. Ce risque augmente en outre proportionnellement au nombre de fumeurs qui enfument l’air ambiant.
Ces résultats de recherche sont donc particulièrement importants du fait que la toux chronique représente le premier symptôme d’une bronchite chronique ou d’un emphysème. En règle générale, après l’apparition des premiers symptômes, la maladie prend une tournure grave.
Tabagisme passif et bronchite chronique S’il se trouve des fumeurs à proximité d’un non-fumeur, la probabilité augmente pour ce dernier - plus la durée d’exposition à la fumée se prolonge - d’être victime d’une bronchite chronique. La probabilité est encore plus élevée lorsque le non-fumeur est obligé de côtoyer des fumeurs .

